Looking, Then Seeing: Critical Landscape Photography in the Changing West.

Lucy Lippard

Regarder puis voir : un paysage critique.
La photographie dans l’Ouest en changement 

Lucy Lippard interroge l’usage militant et le potentiel critique de la photographie de paysage contemporaine, en se concentrant sur l’intégration des images dans un appareil discursif qui cherche tout autant à témoigner qu’à dénoncer les impacts du mode de vie sur la destruction de l’environnement naturel. L’auteur rappelle ici l’impact de la représentation visuelle pour convaincre d’une nécessité d’agir, quand bien même la photographie n’est plus perçue comme étant une “vérité”. Ici, la “réalité” et la “créativité” s’articulent dans une forme d’équilibre éthique, comme les deux facettes d’une même image.
Questionnée sur sa capacité mobilisatrice, la question paysagère s’inscrit alors dans un contexte social et politique, le paysage culturel étant étendu comme une “réalité concrète et partagée” (J. B. Jackson). Ce paysage photographique “moralisé” implique d’analyser dans un premier temps le positionnement de son auteur, son engagement personnel et sa prise de responsabilité vis-à-vis des lieux et des actions représentés.
Par ailleurs, l’esthétique de ces images militantes est souvent l’objet de critique. Car si pour certains, il s’agit d’un élément essentiel pour attirer l’attention, cette “beauté de laideur” [beauty of ugliness] reste problématique du point de vue du message. D’un côté, on note la diffusion d’une forme d’“eco-porn”, insistant sur la nécessité de la préservation de l’environnement à travers des stéréotypes visuels faits de “ciels trop bleu et de roches trop rouge”. D’un autre côté, la mise en image des désastres naturels présente des caractéristiques particulièrement esthétiques. La large diffusion de ces images dans un but de dénonciation a pour conséquence paradoxale leur normalisation, en faisant tout autant de “clichés” que les images de calendriers [calendarlands].
Enfin, Lucy Lippard pose la question de l’efficacité critique des photographies de paysage, en considérant non plus les images elles-mêmes, mais uniquement un contexte de diffusion contemporain marqué par un véritable “tsunami” de connaissances culturelles décontextualisées, Internet alimentant une confusion entre la mémoire historique et l’instant, mélangeant le passé et le présent, la vérité et le mensonge, tout en encourageant en même temps une amnésie culturelle.