Présentation

Le colloque, Photopaysage/Landscape Representation, s’est donné pour objectif de construire un dialogue franco- américain autour de sujets allant de la photographie des paysages culturels, naturels ou habités, au rôle de la photographie dans les projets de paysage, actions de gestion ou de transformation portés par des professionnels et/ou des militants. 

La pensée de John Brinckerhoff Jackson constitue une référence culturelle et un socle théorique pour articuler ces divers sujets les uns aux autres. Les orateurs se réfèrent à divers aspects de cette pensée et le colloque confirme, s’il en était nécessaire, que l’œuvre de Jackson continue de nous inspirer.

Ce colloque permet surtout d’approfondir la connaissance de l’œuvre de J.B.Jackson à travers  l’étude, jusqu’alors inédite,  des photographies qu’il a prises et qui ont accompagné la partie de sa vie consacrée à l’enseignement et aux conférences. L’exposé de Paul Groth permet de découvrir sa pratique d’enseignement de l’intérieur, à partir des stratégies de classement et de sélection des documents visuels qui lui servaient à construire sa pensée.  C’est aussi une meilleure connaissance de l’homme qui se dégage de la présentation d’Helen Horovitz qui interroge le fonctionnement du regard de Jackson pour analyser photographies et dessins. Enfin, Jordi Ballesta reconstitue les déplacements et les trajets de Jackson, interrogeant le lien qui se construit avec le territoire, avec ceux qui l’habitent et le photographient. Pour communiquer sa pensée, J.B. Jackson avait développé des stratégies éditoriales que Bruno Notteboom décrit méticuleusement et replace dans le contexte du débat sur le paysage tel qu’il s’exprimait dans le domaine des revues professionnelles.

Ces différentes contributions décrivent des nouvelles perspectives non seulement pour approfondir la connaissance de l’œuvre de Jackson, mais pour réfléchir aux dispositifs médiatiques qui portent le débat sur le paysage—conférences, revues, publications—, aux alliances qui se jouent à cette occasion, comme le révèlent les études rapprochées de l’œuvre de Jackson produites durant les deux jours du colloque.

Par ailleurs, plusieurs communications proposent un cadre élargi pour appréhender les thématiques au cœur des discussions, comme les représentations du vernaculaire (Tim Davis), la valeur critique de la photographie et la fonction critique des démarches artistiques relativement aux enjeux de société, politiques, écologiques, sociaux (Lucie Lippard). Enfin, la communication de Laurie Olin oriente le projecteur sur le contexte de la production des paysagistes et la place que la photographie a joué dans l’évolution des pratiques professionnelles dans la seconde moitié du XXè siècle.  Les exemples convoqués à l’appui de ces communications dessinent un contexte de production artistique, professionnelle qui prend toute sa valeur dans une situation historique et sociale.

Une lecture rapprochée de projets de paysage comme le fait Marie-Madeleine Ozdoba, l’analyse détaillée de commandes photographiques (Raphaële Bertho) ou l’analyse d’un observatoire photographique intégré à un projet de transformation d’un territoire (Frédéric Pousin) font apparaître des modalités inédites d’usage de la photographie, qui orientent  les pratiques des artistes, des photographes, ainsi que des commanditaires, tant du côté de la  commande artistique que du côté de l’aménagement des territoires. Rapprocher ces nouveaux usages des courants photographiques auxquels ils se rattachent, d’un état d’évolution des pratiques professionnelles de l’aménagement et des contextes historiques et culturels   dans lesquels ils s’inscrivent représente un véritable enjeu.

Le croisement avec les approches proposant un cadre de réflexion élargi offre d’ores et déjà la possibilité d’envisager la valeur de ces pratiques photographiques articulées sur des contextes professionnels d’aménagement. Car la photographie joue un rôle autre que celui de vecteur de communication des projets. Un sujet de réflexion se dessine ici :  celui de la photographie vernaculaire, au double sens du terme, à savoir une photographie dont le contexte de production se démarque de celui de la production artistique et une photographie dont l’objet est le paysage vernaculaire.

Enfin, le colloque aborde de manière intentionnelle la question de la nature subjective de la photographie à travers sa dimension esthétique revendiquée. L’esthétique de l’image photographique est porteuse d’émotions souligne Monique Sicard, le choix esthétique est aussi un choix stratégique, argumentatif pour Lucie Lippard. Pour Tim Davis, la nature subjective de la photographie en augmente la valeur tant comme moyen de discours que comme ressource (document) pour une recherche sur le paysage culturel. La présentation de Sabine Delcour témoigne de l’engagement du photographe vis à vis non seulement de sa pratique mais aussi de l’objet photographié. La photographie de paysage suppose, pour elle, d’être habitée par le terrain qu’elle explore. Miguel Gandert témoigne aussi d’un engagement social fort dans son œuvre photographique. Comment s’articule, en matière de paysage, une photographie subjective, qu’incarne Bernard Plossu, à une photographie plus analytique, documentaire, topographique ?

La mise en perspective de la photographie topographique est apportée par les expositions qui accompagnent le colloque. La présentation de LIN Chi Ming, l’éclairage qu’il apporte sur les contextes variés des expositions des New Topographics, fournissent des clés pour mieux comprendre ce qui est en train de se jouer aujourd’hui. 

Le Center for land use interprétation (CLUI) propose un usage documentaire de la photographie au service de l’expression de l’identité du paysage américain. Il recourt à toute sorte d’images photographiques, aériennes, issues du web, etc… l’objectif est de   dépasser les représentations abstraites du territoire pour donner à voir le paysage anthropique formé par l’homme (Matthew Coolidge). Comment les images subjectives rencontrent-elles les lieux du musée du territoire américain ?

L’œuvre de J.B. Jackson a été plus largement connue en France dans les milieux de la recherche paysagère, après que ses écrits, principalement des articles publiés dans la revue Landscape , ont donné lieu à plusieurs ouvrages dans les années 1980 puis à une sélection raisonnée (landscape in sight 1997) ainsi qu’à des études (Everyday America 2003) dans des publications posthumes. Certains de ces ouvrages ont été traduits en français (A la découverte du paysage vernaculaire (2003), De la nécessité des ruines et autres sujets (2005), comme plusieurs articles.  Il demeure un auteur lu et apprécié. Ce colloque, qui accompagne la parution d’un nouvel ouvrage collectif (Drawn to Landscape. The pionnering work of J.B. Jackson 2015), ouvre la voie à de nouvelles lectures de son œuvre.