Rendering the Site, Rendering the Project: Uses of Photography in the Landscape Architecture Practices of Agence Ter and Bureau Bas Smets.

Marie-Madeleine Ozdoba

Du rendu du site au rendu du projet, usages paysagistes de la photographie.
Enquête de terrain à l’agence TER et au Bureau Bas Smets

La présentation s’est penchée sur les usages photographiques développés par les paysagistes dans leur pratique en agence, des vues aériennes aux photos de site, et des rendus photo-réalistes de projet à la documentation photographique du chantier et du projet réalisé.
Tandis que des domaines tels que l’illustration scientifique ou la photographie de presse ont fait l’objet de travaux réflexifs sous l’angle des usages photographiques, ceux développés dans le cadre du projet de paysage demeurent mal connus à ce jour – un état de fait qui semble lié au discours peu articulé en la matière chez les paysagistes. En effet, un rapport avant tout “instrumental” à la photographie, en tant que simple “enregistrement” du réel, semble dominer dans le contexte de la pratique paysagiste – une conception bien éloignée, si ce n’est à l’opposé, de la photographie d’auteur.
La proposition d’entreprendre une analyse des usages photographiques en agence de paysagistes a ainsi pour but d’explorer les questions suivantes. Comment les pratiques photographiques interfèrent-t-elles avec les pratiques du projet de paysage ? Quels sont les effets de la photographie sur les processus de conception ? Et de manière symétrique : quels sont les effets des pratiques paysagistes sur les usages photographiques ? Les usages “paysagistes” de la photographie permettent-ils d’envisager de manière inédite le rôle du visuel dans la transformation des paysages ?
La présentation a travaillé ces questions à partir de deux études de cas de projets paysagers : le parc du Peuple de l’herbe de l’agence TER (Paris), parc paysager d’échelle régionale réhabilitant les terres polluées d’une boucle de la Seine, et le parc Tour & Taxis, du Bureau Bas Smets (Bruxelles), reconversion d’une friche industrielle bruxelloise en parc urbain.
L’objectif des entretiens menés avec les praticiens était de “faire apparaître” la photographie là où on avait tendance à ne pas la percevoir, pour dégager un premier éventail d’usages photographiques propres à la profession contemporaine de paysagiste : l’objectivation du site et de ses “structures invisibles”, le “rendu” du site et la création d’une archive visuelle mobilisable en agence, la mise en marche du processus de conception, le “rendu” du projet et sa communication, le “rendu” de la transformation du site, jusqu’à la réalisation achevée.
L’étude a mis en évidence une conception spécifique de la photographie en termes de “rendu”, qui s’étend de l’état initial du site à son état projeté, en passant par toutes les étapes de sa transformation. Au cours de ce processus, le statut de la photographie semble lui-même se transformer, d’un enregistrement “brut” du site dans son état initial à une représentation minutieusement construite du projet. Les opérations telles que le montage, le collage, l’image de synthèse photo-réaliste ou les reconductions photographiques peuvent alors s’envisager en regard des opérations de modelage du site par les paysagistes.
Paradoxalement, en tant qu’image fixe, la photographie semble être ce qui permet d’intégrer aux représentations paysagères non seulement la dimension du temps, mais aussi celles du parcours à travers le site et de ses contours flous – autant de dimensions constitutives du projet de paysage.