ENSP Versailles

Un lieu dans Versailles

Sujet d’atelier 2016/2017 – 1re année
Semestre 5 dans le cursus LMD Licence 3

Encadrants responsables : Sonia Keravel, Marie-Hélène Loze
Assistants : Céline Aubernias, Thomas Boucher

Période : 28 Novembre 2016 au 24 Janvier 2017
Durée : 7 semaines

Objectifs pédagogiques :
Cet enseignement s’adresse à des étudiants de niveau licence, suivant le cursus de première année à l’Ecole Nationale Supérieure de paysage de Versailles. L’objectif est d’expérimenter les processus itératifs d’élaboration d’un projet de paysage à l’échelle d’un lieu et de commencer à comprendre les liens qui existent entre description et conception, entre relevé et projet.
Les étudiants sont invités à choisir chacun un lieu dans Versailles pour le transformer. Ce lieu doit se situer dans le centre historique, à proximité du château en pourtour du Petit Parc et doit avoir une surface maximale de 1 ha. La proximité du site permet à l’élève de faire tous les allers et retours nécessaires pour mettre à profit les qualités du lieu. C’est l’occasion pour ces étudiants en première année de bien connaître cette ville où ils étudient et qui deviendra ainsi pour eux un point de référence.
Cet atelier est la première expérience de démarche de projet pour la plupart des étudiants qui suivent ce cursus. Le choix de l’échelle du lieu est réfléchi : c’est une échelle cernable à l’échelle du corps et facilement arpentable, ce qui n’empêche pas pour autant l’étudiant de contextualiser son site à l’échelle du grand territoire et de la géographie. Le fait que chaque étudiant ait à choisir son site sert à privilégier une approche intime et personnelle du projet. Les lieux de projet sont volontairement situés dans un contexte historique très fort, pour apprendre aux étudiants à composer avec l’histoire d’un site tout en restant créatifs et innovants.
Cet atelier développe les capacités d’observation et de retranscription des étudiants de manière sensible et complexe : les élèves sont amenés à dessiner, écrire, noter, photographier. Ils ont recours à des représentations à la fois abstraites (maquettes de principe) et très concrètes (mesure, cueillette, etc). Ils apprennent sur quels éléments de l’histoire et de l’existant s’appuyer pour élaborer un projet de paysage. L’objectif est de savoir faire l’état des lieux d’un site à la fois en exprimant son regard sur le lieu choisi, mais aussi en en ayant une lecture renseignée. Savoir hiérarchiser les informations, les organiser, pour faire des choix de projet et avoir une démarche cohérente.
C’est l’occasion d’un apprentissage de la perception du lieu et de la projection dans l’espace qui passe par la maitrise des outils de représentation : schémas, coupes, plans pour la conception, perspective et croquis pour l’expression du projet. La question de la représentation est centrale dans cet atelier car l’image, entre matérialité et abstraction, est ce qui permet une mise à distance du réel, abstraction nécessaire, mais c’est aussi ce qui permet une expression de l’imaginaire, une interprétation.
Pour dérouler le processus et les intentions de projet, le medium photographique est privilégié dans cet enseignement. Les paysagistes convoquent en effet la photographie à de multiples reprises dans leur démarche. Celle-ci est tantôt considérée comme un document, une preuve du réel, tantôt comme l’affirmation d’un point de vue. La photographie sert à prendre des notes, à faire un relevé, mais aussi à développer un imaginaire, un univers de références, et à mettre en place une préfiguration du projet. C’est en nous inspirant de ces différents usages qu’ont les paysagistes de la photographie que nous avons imaginé une série d’exercices projectuels. L’entrée photographique, si elle est privilégiée, n’exclut pas les autres formes d’expression comme le dessin ou la maquette, elle permet plutôt de replacer ce média auprès des autres moyens d’expression du projet et d’interroger son usage souvent un peu trop mécanique ou transparent dans la démarche de conception.

Sites Versailles
Carte de situation des sites

Déroulement de l’atelier:

Séquence 1 : Portrait photographique du site.
Pour démarrer l’atelier, il est demandé à chaque étudiant de choisir un lieu qui le questionne, qui l’interpelle, sur lequel il a envie d’intervenir. L’élève est ainsi amené à parcourir l’ensemble du territoire en pourtour du Petit Parc en l’observant avec un œil de projeteur.
Il doit ensuite contextualiser son site et définir un périmètre pertinent, puis en réaliser un portrait photographique à travers une série d’images représentatives. L’étudiant travaille ainsi des notions propres à la photographie (cadrage, profondeur de champs, couleur-noir et blanc, net et flou, hors-champs), mais il est aussi amené à faire des choix : sélection de quelques images, choix des associations, ordres de présentations… Tous ces paramètres doivent être pris en compte pour que le portrait photographique soit porteur d’une lecture singulière du lieu.
La série est ensuite montrée in situ.

 

Séquence 2 : Dioramas
Dans sa série photographique, l’étudiant choisit trois images qui vont lui servir de fond pour exprimer des intentions de transformation sous la forme de dioramas.
Le diorama est à l’origine un tableau qui est construit avec un fond et une succession de plans pour donner au spectateur une illusion de quelque chose de vivant. Ce dispositif, très utilisé dans les musées au XIXe siècle, prend la forme de vitrines pour montrer des scènes naturalistes ou scientifiques qui permettent de recréer des paysages ou des milieux.
Dans le cadre de cet exercice il est demandé aux étudiants de travailler avec un fond photographique, devant lequel ils sont invités à disposer des éléments pour raconter leur première idée de transformation. Il s’agit donc d’un travail sur la profondeur. Les dioramas sont ici des maquettes avec un point de vue fixe, qui permettent d’exprimer des intentions de projet. Ces intentions doivent rester abstraites, se décomposer en grandes lignes, donner à comprendre l’ossature, les grandes masses du site, les limites, les ruptures, les continuités, les transparences, les rythmes. Il n’est pas nécessaire d’être à l’échelle, c’est un exercice qui doit avant tout exprimer un ressenti.

 

Séquence 3 : État des lieux sous la forme d’un relevé critique du site en plans et en coupes
L’exercice Dioramas, qui passe par la manipulation d’objets et de photographies, permet de se lancer dans le projet et d’isoler un ou des paramètres déterminants, de pointer une question à explorer, de prendre un parti.
Chaque étudiant a ainsi pu affirmer une manière d’approcher son site. Il peut maintenant en réaliser un relevé critique en plan et en coupes. Ce relevé n’est pas un état des lieux exhaustif, il doit au contraire refléter un questionnement personnel, tout en s’appuyer sur des données objectives telles que la mesure, la géomorphologie, des relevés de la végétation en place, la topographie, l’hydrologie, etc. Chaque élève est ainsi invité à confronter ses premières idées de projet à des éléments d’histoire, de géographie, de contexte. Le projet se déploie sous une autre forme que la photographie. L’enjeu est de trouver les bons modes de représentation, qui collent au propos et au projet.

 

Séquence 4 : Esquisse
A partir de l’état des lieux précis de son site, chaque étudiant est en mesure de dessiner son projet. Là encore, la photographie n’est pas requise, le projet est exprimé en coupes, en plans, en blocs diagrammes et en schémas, à la main ou à l’ordinateur.
Le projet est dessiné à l’échelle du site et à l’échelle du territoire. Il doit être cohérent avec le travail préalable et notamment avec les premières intentions de transformations des dioramas. Les étudiants sont amenés à s’interroger sur les questions de composition, de tracés, de masses, de limites, d’ambiances, d’orientation, d’usages, de lumières…

 

Séquence 5 : Images de références
Pour enrichir leurs esquisses de projet, les étudiants vont photographier des situations de référence dans le Parc de Versailles. Cet exercice est une manière de re-découvrir le Parc de Versailles, en le visitant avec une idée en tête, à la recherche de quelque chose de précis pour leur projet.
Les photographies réalisées font ensuite l’objet d’une interprétation, déconstruction de la part des étudiants, pour comprendre comment sont « fabriquées » ces ambiances qui les inspirent et en quoi elles peuvent permettre de développer leur esquisse. Le choix d’aller prendre des photographies de références sur un terrain que l’on peut arpenter et non pas à partir d’une base de données virtuelle est volontaire. Nous pensons que faire l’expérience physique du site est ici indispensable pour utiliser l’image à bon escient.

 

Séquence 6 : Préfigurations du projet sous la forme de photomontages
Après l’expression du projet en coupe et plan, les étudiants reviennent à la photographie. Ils sont invités à « trafiquer » leurs photographies pour qu’elles préfigurent leur projet.
Ils utilisent au choix le photomontage, photocollage, ou ils dessinent, écrivent sur la photo, autour de l’image. Ils peuvent déborder, déformer…accentuer des contrastes, changer les couleurs, faire des superpositions. Travailler des suites d’images, des répétitions…
Ils n’ont pas nécessairement besoin d’être hyperréalistes. L’image doit avant tout être expressive et cohérente avec l’ensemble de la démarche.

 

Séquence 7 : Restitution orale et graphique de toute la démarche